Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 15:02

Nordine Bakounine poursuit sa chronique du sexisme ordinaire:

 

 

"Condamné en raison de son sexe…

 

Loïc Sécher, ouvrier agricole, résidant dans un petit bled de Loire-Atlantique, récemment (au moment des présumés faits) licencié de son boulot dans un golf, un peu déprimé, et puis, surtout, désespérément hétérosexuel… Bref, il n’intéresse personne.

 

Un jour, une adolescente âgée de 13 ans (c’est la fille d’un couple d’amis) l’accuse de l’avoir violée. Elle est déprimée, elle a déjà accusé à tort un autre, c’est donc une victime comme on les aime.

 

Il n’y a aucun témoin même indirect, il n’y a pas le moindre élément matériel suspect même très indirect, Loïc Sécher n’a jamais été condamné, il a toujours nié, il a toujours répondu aux convocations de la justice (il comparaît libre d’ailleurs le jour de son procès aux assises), qu’importe… C’est un homme, il a un sexe en état de fonctionnement, il aurait pu le faire.

 

Il prend 16 ans de réclusion parce que c’est un homme. Il est donc suspect et la victime est présumée crédible sur la foi de ses seules déclarations. J’exagère ? Pas du tout : en aucun cas, pour un autre délit ou un crime, on ne serait condamné par la justice sur le seul témoignage de la victime sans aucun autre élément matériel, aveu ou précédent judiciaire.

 

En 2008, la jeune fille explique qu’elle a menti et qu’elle ne supporte plus de savoir Loïc Sécher en prison. Que se passe-t-il ? Rien. Il reste en prison alors que l’accusation s’est mécaniquement écroulée.

 

En 2010, malgré le talent de son avocat Me Eric Dupond-Moretti, la justice vient d’accepter que son procès soit révisé mais Loïc Sécher, remis en liberté, devra tout de même être rejugé alors qu’on pouvait, juridiquement parlant, l’innocenter tout de suite. C’est vrai ça : imaginons que la très présumée victime revienne sur ses rétractations.

 

Remarquons que les journalistes locaux ont fait leur boulot sur cette affaire et que les protestations d’innocence de Loïc Sécher avaient été répercutées. Mais ce n’est pas devenu une grande cause nationale ; les belles âmes promptes à s’indigner et à pétitionner sont restées silencieuses. Ce n’était qu’un homme hétérosexuel, un Français banal, minablement prolétaire, bref quelqu’un qui peut rester en prison pour rien…"

 

Nordine Bakounine

Repost 0
Published by pascal cobert - dans L'invité du Blog
commenter cet article
31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 10:41

Je reçois un nouveau billet de Nordine Bakounine dans sa série "Chronique du sexisme ordinaire"

 

"L’accusé a été condamné au bénéfice du doute> tonne Me Eric Dupond-Moretti qui espère que son client va être mis hors de cause. Certes. Normalement, en cas de doute, la justice acquitte. Mais, là, justement, le système n’a pas de doute : l’accusé est un homme. Et ça suffit.

 

Voilà cette jolie histoire, racontée par nos médias favoris. Un jour, dans un petit village de Loire-Atlantique, une jeune fille âgée de 13 ans accuse un ouvrier agricole de l’avoir violée à plusieurs reprises. Eric Sécher, l’ouvrier agricole en question, ne fait pas bonne impression car il vient d’être licencié du golf où il travaillait et il a tendance à boire. Et, surtout, c’est un homme : il est susceptible d’avoir violé l’enfant.

 

Eric Sécher, contrairement à beaucoup de gens qui affirment ensuite avoir été condamnés à tort, n’avouera jamais. Aucun élément matériel, d’après ce qu’on sait, ne vient appuyer les dires de la jeune fille. Pas de témoignage, même indirect, qui viendrait étayer le seul témoignage à charge : celui de la victime elle-même. Il existe simplement une certaine proximité puisque c’est la fille d’un couple ami.

 

Bien entendu, s’il s’agissait d’un vol de voiture par exemple, jamais un seul témoignage d’une jeune fille qui n’a pas l’air très en forme mentalement ne suffirait à faire condamner Eric Sécher. Mais, là, force est de constater que sa seule qualité d’homme –il a sur lui de quoi violer- suffit.

 

Bref, il est condamné à 16 années de prison par une cour d’assises. Notons que, s’il avait tué son épouse avec quelques claques très appuyées (comme dans l’affaire Cantat par exemple), il n’aurait sûrement pas été plus durement condamné… C’est donc bien le fait qu’il soit sexuellement un homme qui semble visé.

 

Il se trouve que la jeune fille, quelques années plus tard, explique qu’elle a menti. Elle assure qu’à l’époque, elle était très fragile psychologiquement.

 

Les rétractations de la jeune fille, deux ans après avoir été rédigées, ont fini par émouvoir la justice et une requête devant la commission de révision des condamnations pénales a été examinée.

 

Certes, la commission admet que la jeune fille avait déjà accusé à tort un autre homme de l’avoir agressée sexuellement. Mais, pour la commission, rien n’est joué encore car il existe encore des éléments à charge : des confidences à l’époque de la jeune fille à ses professeurs, la crédibilité accordée à ses déclarations par des experts, son journal intime,  Bref, que du baratin. La décision ne sera prise qu’à la mi-avril. Eric Sécher reste encore un peu en prison parce que c’est un homme et que, peut-être, une femme accusatrice a raison même si elle dit l’inverse aujourd’hui."

Repost 0
Published by pascal cobert - dans L'invité du Blog
commenter cet article
27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 09:34

Nordine Bakounine poursuit sa chronique du sexisme ordinaire:
 

Les statistiques du ministère de l’intérieur nous disent qu’en 2008, 156 femmes ont été tuées par leur conjoint, pacsé, concubin, ex-concubin. Ce qu’on appelle les violences conjugales puisque, pour la loi actuelle, toute homme ayant des relations avec une femme est susceptible, s’il y a des coups, d’entrer dans la catégorie violences conjugales. Grosso modo, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups d’un homme dans ce cadre. Le ministère nous avertit dans la foulée qu’un homme meurt de la même façon tous les quatorze jours.

 

Bien entendu, nous sommes très respectueux et, jamais, ô grand jamais, nous ne douterions de ces statistiques : nous sommes sûrs qu’il n’y a là dedans aucune atteinte à la présomption d’innocence et qu’en février 2010, on est capable, au ministère de l’intérieur, d’être sûr que ces 156 femmes mortes en 2008 ont été tuées par leur compagnon. En moins de quatorze mois, pour celles mortes fin 2008, l’enquête et l’instruction criminelles ont été bouclées à tel point qu’il est certain que la condamnation aux assises ne fait aucun doute. Bravo…

 

Ceci dit, un homme tué tous les 14 jours, ce n’est pas négligeable tout de même. Nous sommes donc très étonnés : dans les journaux de ce jeudi et de ce vendredi, à propos de la loi votée par la droite et la gauche sur les « violences psychologiques au sein du couple », chaque journaliste parle exclusivement de violences faites aux femmes.

 

Soyons objectifs, on parle des hommes tout de même car des associations de femmes, nous apprend le journal le Monde (26 février, page 8) craignent que les "hommes violents se défendent en accusant désormais leurs compagnes de violences psychologiques". Vous vous rendez compte ! Des hommes qui demanderaient aussi à bénéficier de la protection de la loi! Quelle horreur !

 

L’excuse de provocation, les coups réciproques, la légitime défense ; comment empêcher les hommes de se servir de ces notions pourtant classiques en justice en cas de bagarre non conjugale ? Telle est l’angoissante question posée par celles et ceux qui ne conçoivent les femmes que comme victimes.

 

Nordine Bakounine

Repost 0
Published by pascal cobert - dans L'invité du Blog
commenter cet article
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 00:00
all-2.jpgJe vous propose ce billet que m'a envoyé Nordine Bakounine dans la rubrique l'invité du Blog:

 

"Libération, mon journal préféré, dans son édition du vendredi 19 février, nous offre deux perles sexistes de la plus belle eau.

 

D’abord, page 25, dans la page « rebonds », une superbe tribune d’un certain Jacques Waynberg. L’homme est sûrement un génie puisqu’il se présente ainsi : médecin, psycho-thérapeute,  juriste et écrivain, directeur de l’institut de sexologie. Rien que ça. Ce génie écrit donc une tribune à propos d’un nouveau médicament, une sorte de Viagra au féminin, qui pourrait permettre à nos amies les femmes de lutter contre la frigidité ou, à tout le moins, de venir au secours d’une libido féminine éventuellement un peu faible.

 

On en pense ce qu’on veut mais, après tout, la médecine a pour but aussi d’aider à vivre. Et faciliter le plaisir sexuel, si c’est vrai, n’est tout de même pas un crime. Toujours est-il que, pour Waynberg, c’est scandaleux car cette volonté de restaurer le désir "fait aussi planer sur les femmes la menace d’une nouvelle aliénation de leur liberté". A dire vrai, on s’en fout de l’opinion de Waynberg.

 

Mais le directeur de l’institut de sexologie franchit immédiatement, comme dirait le Canard Enchaîné, le mur du çon : "1998 restera dans les annales de la sexologie l’année de tous les scores : les impuissants du monde entier ont pu enfin rétablir leur droit de cuissage par la grâce du premier aphrodisiaque pharmaceutique reconnu d’utilité publique" écrit-il.

 

Voilà, les hommes qui bandent mieux par la grâce du Viagra sont des violeurs, ils ont enfin pu "rétablir leur droit de cuissage". Voilà une phrase qui, normalement, devrait tomber sous le coup de la loi : il s’agit de propos discriminatoires à la fois en raison du sexe et d’un handicap.

 

Pour se reposer de cette prose, on peut tourner la page et se jeter sur la photo en bas de la page 27. Là, le lecteur découvre un article et la reproduction d’une affiche qui concernent une campagne anti-tabac. A partir du double sens du mot « pipe », les auteurs de cette affiche sexiste  mettent en scène une femme qui effectue une fellation sur son partenaire sexuel. Sauf que le sexe masculin est remplacé par une cigarette. Le message est clair : quand une femme opère une fellation sur son ami, c’est fatalement qu’elle y est forcée (la main de l’homme pèse d’ailleurs sur la tête de la femme) et le sexe de l’homme apporte la mort comme la cigarette suscite le cancer !

 

Qu’une femme puisse aimer la fellation (ou qu’un homme puisse aimer s’occuper avec sa bouche du sexe de son amie) ne vient pas à l’idée du sexisme anti-homme. Voilà où nous en sommes en 2010…

 

Nordine Bakounine

Repost 0
Published by Nordine Bakounine - dans L'invité du Blog
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de pascal cobert
  • Le blog de pascal cobert
  • : Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
  • Contact

Recherche